Lors de notre dernière assemblée générale, nous avions évoqué le projet de transformer le jeu de boules de fort en terrain de pétanque.

En effet, depuis de nombreuses années, notre jeu en plein air était à l'abandon, inutilisé et inutilisable du fait de sa dégradation. Envisager une réfection aurait entraîner un coût insupportable pour notre association, et de plus, peu de sociétaires semblait désireux de se convertir à la boule de fort.

Bien sûr les nostalgiques de cette époque auront un pincement au coeur, lorsqu'ils découvriront ce nouveau terrain aplani. Pourtant ce jeu de boules en terre battu, puis malheureusement ensuite bitumé, a un vécu. 

Tout gamin, nous passions souvent l'été, une partie de notre dimanche après-midi a regarder nos parents, grands-parents jouer des parties acharnées . Nous aimions écouter les commentaires hautement colorés de ces anciens qui se chahutaient comme des gosses. Sur ce jeu de sable, les boules étaient lancées avec une bonne puissance, et elles filaient vite sur le maître. La partie se jouait beaucoup plus rapidement que sur les jeux vernissés d'aujourd'hui, ou les parties n'en finissent jamais.

Pendant que les joueurs, entre chaque partie, allaient se rafraîchir le gosier d'un bon verre de rosé d'Anjou; nous, les gamins, envahissions le jeu et l'on s'entrainaient à lancer, à tirer . Mais du haut du local, nous étions épiés; et si par malheur un gosse martyrisait une boule, la fenêtre s'ouvrait avec fracas et une volée de bois vert s'abattait sur le fautif.

Parfois les parties se succédaient jusque tard dans la nuit; et à une époque, ou il n'y avait pas la télé, il avait été installé des projecteurs sur le jeu, pour faire des nocturnes.

Il y avait la boule à Gars Louis qui était halée et sonnait le creux en roulant, puis la grosse boule verte à Mimile qui écrasait tout sur son passage, la petite boule à Maurice qui tout en finesse se faufilait à travers un troupeau de boules pour trouver le maître, puis celle à Pierrot, celle à Goujon, celle à Marcel, celle au Père Pierre, celle à Tatave, etc. Aucune n'était semblable, et assez bizarre que cela puisse paraître, dans le coloris et la façon de rouler, elles ressemblaient parfois à leur maître!

Les parties étaient souvent très disputées avec des équipes d'égales valeurs, et à chaque lancée de boule, le joueur calculait la trajectoire pour éviter les boules déjà en place, la distance; et d'un balancement du tronc, il laissait tomber sa boule en retenant son souffle, jusqu'au moment tant attendu ou, doucement elle venait prendre appui sur le

Terrain de pétanque 010

maître. Dans ce moment d'intense satisfaction, le coeur de notre ami le Père Pierre ne supporta pas cette forte émotion, et il s'écroula inanimé sur le jeu, juste au moment ou sa boule faisait "un bouc".

Si ce jeu pouvait parler, et nous restituer tout ce qu'il a vu et entendu...

Nous espérons que sa nouvelle vie en jeu de pétanque, soit aussi intense qu'a été sa vie de jeu de boule de fort.

 

Terrain de pétanque 016Terrain de pétanque 018